« Il arrive que par mégarde ou même par une trop vive et pessimiste conscience de notre infinie légèreté, nous effacions tout, couvrions le dessin de l’artiste antérieur – le sillon (mais dessein) du précédent laboureur – pour refaire, sur le fond rupestre ou sur la toile unique, notre œuvre propre et surtout personnelle.
Qu’importe, me direz-vous, puisqu’en vérité chacun perd la mémoire et que personne ne laisse rien, for quelques outils rouillés, quelques machines obsolètes et, comme chacun sait, des amas sans ordre de poussières grises qui ne savent rien dire de la teneur, du temps et de la raison de leur dépôt.
Pourtant, il n’est pas défendu de faire de ce rien une forme d’éternité. Nulle présomption en cela, bien au contraire : il n’est question que de reconnaissance, d’artistique revendication de paternité et de maternité ou, pour le dire autrement, d’exaltation de la filiation.
Je ne suis que la fille, une descendante des héros – aux précieux côtés de mon frère Dominique – mais je veux l’être pleinement. J’admire. C’est bien moi qui regarde mais je fais confiance à un artiste ami pour révéler, jouer, interpréter, exalter, feu d’artificialiser mon regard. Redonner vie à mon père, Marius, ce véritable chef d’orchestre d’une complice nature, sans dissimuler en lui le petit Mariano. « Druidiser » ma mère, Marie, sans oublier sa naissance en Maria de Librilla. Faire de leurs outils du quotidien vivant et des machines réformés, de leurs arbres et de leurs bêtes des rayons d’arts accessibles, à portée de main et d’humanité.
Cet artiste, sensible, discret, respectueux de la place des hommes, femmes, bêtes, matériels, matières et de leurs respectives lumières est Yves MANDAGOT, et sa formule magique est la photographie.
L’éternité d’une photographie dure-t-elle plus longtemps que celle d’un olivier ?
D’autres que moi le diront, quand à leur tour ils et elles poseront sur nos pierres d’autres pierres tirées des alluvions du Vidourle qui coule à nos pieds, du Rhône, de l’Ardèche et du Gardon auxquels je suis aujourd’hui alliée et du Guadalentin qui alimenta mes terres aïeules.
Pour l’heure, à nos côtés, Yves scelle artistiquement la pierre qui donne à ce berceau son nom :
LIEUDIT MARIE & MARIUS »
Pour une interprétation de l’intention de Sylvie Garcia-Carre
Jean-Jacques Carre
Mai 2026
